FAQ

Comment se fait la programmation au Chabada ?

La programmation, (l’ensemble des concerts proposés), c’est le projet artistique du Chabada, c’est sa vitrine, la colonne vertébrale de l’activité.
Loin de l’image d’une direction artistique ou d’un programmateur tout puissant ne choisissant que ce qu’il « adôôôre », la programmation est aussi le reflet de multiples facteurs, de contraintes, tant locales qu’internationales, tant budgétaires que calendaires. Explication avec Stéphane Martin, programmateur en chef (entre autres).


Es-tu responsable de toute la programmation ?
Pas entièrement, non. D’abord une partie de la programmation, plus particulièrement ce qui relève -en gros- de la chanson et de la world-music, est assurée avec François Delaunay (co-directeur). D’autre part ce n’est pas nous qui décidons complètement du contenu des soirées produites au Chabada par des organisateurs extérieurs ; les producteurs privés ou les associations. Ce qui représente environ une bonne vingtaine de concerts en 2005.

Dans ces cas-là, n’avez-vous pas un droit de regard sur ce qui est programmé ?
Nous nous assurons bien sûr que ce que proposent ces producteurs extérieurs entre dans le projet artistique du Chabada. En général il n’y a pas de souci. Il arrive que nous pensions que le Chabada n’est pas forcément le lieu le plus adapté pour tel ou tel artiste, en raison de l’orientation de sa musique. Mais nous sommes aussi attachés à l’idée que, ponctuellement, la venue d’artistes classés plus "variété" (ex. Vanessa Paradis, Thomas Dutronc ou Olivia Ruiz) permet de faire découvrir le Chabada à une partie du public qui ne le fréquente pas. C’est aussi important pour éviter de renvoyer une image de lieu réservé à des spécialistes. Du coup, ces nouveaux publics y découvrent une autre manière de voir les concerts, avec plus de proximité et un meilleur confort sonore que dans un parc-expo.

Sur quels critères construisez-vous la programmation ?
Le premier élément déterminant c’est bien sûr l’offre, c’est à dire les artistes qui sont en tournée à la période pour laquelle on programme. On ne peut évidemment pas obtenir une date d’un artiste qui n’a pas décidé de tourner à ce moment-là... En ce sens, nous sommes d’abord tributaires de l’offre des organisateurs de tournée qui sont eux-mêmes souvent tributaires de l’actualité discographique des artistes et, donc, des maisons de disques.
Ensuite il y a évidemment la question du budget. Pour pouvoir maintenir des prix d’entrée accessibles au plus grand nombre, nous ne pouvons pas dépasser un certain prix d’achat pour un spectacle (10 000 € pour les "têtes d’affiches" qui font complet !).
Ensuite, on essaie de ne programmer un artiste que si nous estimons qu’il y a suffisamment de public potentiel pour lui à Angers. Car notre objectif c’est de provoquer des rencontres entre des artistes et des publics. Nous n’allons pas programmer un artiste - en club - pour lequel nous savons pertinemment qu’il n’y aura, au mieux, que quarante personnes devant lui. Et on a toujours pas parlé d’artistique...

Oui, effectivement, dans quelle mesure interviennent vos goûts personnels ?
Ils me guident toujours évidemment. Il m’arrive pourtant régulièrement de m’abstenir de programmer des artistes qui me plaisent parce que je sais qu’ils n’intéresseront qu’une poignée de spécialistes. Mais programmer au Chabada, ce n’est pas qu’une histoire de goûts personnels. Ce qui ne gâche d’ailleurs en rien mon plaisir : il y a suffisamment de propositions artistiques intéressantes pour me permettre de boucler la programmation du Chabada.

Alors, comment se construit concrètement la programmation ?
La mise en œuvre de la programmation se fait donc selon 3 axes principaux :
1 | Des propositions originales et souvent novatrices n’ayant pas encore de public important : ce sont nos vrais découvertes. Ces propositions correspondent en général aux concerts en club (jauge 300 maxi).
2 | Des artistes ayant déjà trouvé un public, qui ont su se constituer une audience plus large. Ce sont en général nos "têtes d’affiches". Ces propositions correspondent en général aux concerts en grande salle (jauge 500 à 900).
3 | Des propositions artistiques locales. Nous accueillons des projets d’associations et des musiciens pour leur dynamique, leur besoin d’expression, de diffusion, d’expérimentation. Dans ces cas là, c’est vrai que nous sommes parfois moins exigeant artistiquement sur ces projets qui sont à différencier de ce que l’on fait avec les amateurs. Ces concerts peuvent se faire en salle comme en club.

Et les choix artistiques ?
Au sein de cette "programmation partagée" avec les associations et les producteurs privés, notre propre programmation "club" développe des choix originaux, des choix qui ne vont pas forcément dans le sens d’une demande des publics, des choix de découvertes, parfois d’aventure ou d’avant garde. Ce sont des choix qui illustrent la grande diversité des formes musicales. Les artistes sont programmés avec la conviction qu’ils sont importants et incontournables, qu’ils doivent être montrés aux publics. Pour les concerts salles, c’est un peu différent car, nos choix consistent aussi à accompagner des artistes ayant rencontré un début de notoriété, donc qui sont sortis des niches de spécialistes.

Nous essayons de balayer le champ le plus large possible des musiques actuelles, d’être réactifs aux nouvelles tendances. Le but c’est quand même qu’un maximum d’Angevins sensibles aux musiques actuelles se retrouvent à un moment donné dans la programmation du Chabada.
Une place est accordée aux formes d’expression autres que purement musicales (qui utilisent le multimédia, le théâtre,…).

Quelle place reste-t-il pour les groupes auto produits, les petites associations qui font tourneur ?
Chaque année, nous recevons environs 500 à 600 maquettes et disques provenant de toute la France... La programmation se fait d’abord sur les têtes d’affiches en club et en salle. Les premières parties viennent ensuite et nous piochons, soit dans le vivier local et régional (au sens de grande région allant jusqu’à Nantes, Rennes, Tours, Poitiers), soit dans les très jeunes artistes déjà soutenus par un tourneur-producteur.

Donc si on est un groupe de métal du sud de la France, cela ne sert à rien d’envoyer une demo ?
Effectivement car la logique de développement d’un groupe "régional" veut que l’on grandisse par cercle concentrique, ou que l’on sorte un disque au niveau national avec l’exposition qui va avec. Aussi, il ne sert à rien d’envoyer une maquette lorsque l’on est de Perpignan ou de Gap. Bien que respectant la législation de l’emploi artistique, il est impossible de "rentabiliser" des déplacements d’une part, et de donner un sens à un concert isolé s’il n’y a pas un travail de terrain complémentaire au concert (médias, distribution disque...).

Beaucoup de groupes continuent à envoyer des tonnes de démos tous azimut...
C’est une dépense de temps et d’énergie pour rien. Surtout avec l’explosion myspace, les newsletters. Une démo, isolée parmi beaucoup d’autres , est quasi perdue, si elle n’est pas précédé d’un mini buzz, d’une petite recommandation, d’un "parrainage". Pour autant, il n’y a pas forcément de programmation à la clef mais le nom est retenu, dans un petit coin de la mémoire. Et le jour où on a besoin d’une première partie en chanson, on remue la liste des artistes "entrés en mémoire"... Il y a une concurrence très sévère, et même s’il y a de plus en plus de salles bien équipées en France, il y a de moins de moins de café concerts. Et de l’autre coté, il y a une explosion qui ne faiblit pas de groupes et d’artistes...


Dernière modification : jeudi 22 septembre 2011

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