Extrait de la pochette de l'album "Ananta" de Zalem

EXTENDED PLAY

18.03.2026

L’extended play, en abrégé EP, est un enregistrement musical comportant plus de titres que le single et moins de titres que l’album, selon Wikipedia. Vous voilà bien avancé·es. C’est surtout le format que l’on rencontre le plus souvent chez les groupes en émergence (et donc majoritairement autoproduits). Tellement souvent, à vrai dire, qu’on a fini par tomber sur un article qui expliquait qu’il y avait eu autant de sorties musicales en une seule journée de 2024 que la somme de tous les disques parus sur l’année 1989. C’est quand même vertigineux. D’un côté on ne peut que se réjouir que la pratique musicale se démocratise et s’ouvre à tous·tes, mais d’un autre on peut aussi se demander si chacun·e trouve la place d’exister et de rencontrer son public ? Ça prouve bien l’utilité de toutes les initiatives qui visent à fouiller, trier, prescrire, bref, à partager ses coups de cœur au plus grand nombre, comme nous le faisons chaque quinzaine dans cet article consacrée à la scène musicale angevine. Un peu d’auto-congratulation, même en mode extended, n’a jamais fait de mal à personne.

Humilité et probité donc, puisqu’on va commencer par dire du bien d’un groupe dans lequel joue la personne qui nous verse notre salaire. En même temps, ça serait difficile d’en dire du mal : « Blue Dress » est le premier single du groupe Nursz, qui annonce un EP pour le 16 avril prochain. Et le trio a donc décidé d’entamer les présentations avec un morceau archi-efficace, complètement dans la lignée de l’indie-rock dansant du début des 00’s (Interpol, Strokes & Co). Si vous aimez les guitares accrocheuses, les lignes de chant enveloppantes et une section rythmique isopérimètre, vous devriez donc immédiatement ajouter Nursz à votre liste de groupes à suivre de près.

On passe d’une « Blue Dress » à des Red Birds. Le quatuor vient en effet de sortir deux nouveaux morceaux et prouve une nouvelle fois sa facilité à composer des tubes power-pop comme à la grande époque des Buzzcocks ou des Undertones. Vous devriez donc dodeliner de la tête en sautant sur place et en hurlant les refrains en chœurs (attention, c’est pas si facile) de « Not Ready » et ses « papapa papapala » jubilatoires ou les « ohohohooo » presque mélancoliques de « Bad Timing ». Si vous êtes dans les environs du Lion d’Angers ce vendredi 20 mars, le groupe enflammera les planches de la Brasserie Anj’ou Démon pour la Saint Patrick.

Poursuivons notre transition colorimétrique avec le nouveau single de Black Boiler. Le producteur de musiques électroniques (également bassiste dans Lowpkin) a cette fois invité la chanteuse Dorrr -qui a sorti un très bon EP il y a peu- à poser sa voix sensuelle sur ce pur track darkwave/techno. C’est la première fois qu’on entend Dorota chanter (enfin, plutôt parler pour le coup) en polonais, sa langue maternelle, mais c’est une vraie bonne surprise qui matche parfaitement avec l’ambiance du morceau ! La montée jouissive dans la seconde partie du morceau, après le break un peu ambient, est le genre de truc que vous repasserez en boucle pendant des jours.

Voilà le cas d’école classique qui ferait s’écharper les perfectionnistes de la catégorisation : est-ce que « Ananta » de ZALEM est un EP puisqu’il ne contient que 5 titres, ou bien est-ce un album puisque sa durée totale affiche 1h13 (les morceaux évoluant entre 10mn et 22mn…) ? On laissera ces débats à celles et ceux qui aiment ça, et on écoutera plutôt ce très bon disque de post-rock/metal qui devrait certainement plaire aux fans des labels Neurot Recordings ou Constellation, mais aussi à toutes celles et ceux qui aiment voyager dans la musique comme dans un film imaginaire où les ambiances les plus voluptueuses entrent violemment en collision avec des bourrasques post-apocalyptiques.

Si on faisait un classement alphabétique des groupes angevins, ZEL ne serait probablement pas loin de ZALEM, alors qu’esthétiquement on ne peut guère faire plus éloigné. Le groupe de chanson française est de retour avec un nouvel album, intitulé « Reconstruire Hier », et si l’on en croit le single « Trop tard » qui est sorti pour l’introduire (mais aussi la plupart des autres chansons du disque, même si certaines jouent la carte un poil décalée façon Philippe Katerine / Mathieu Boogaerts), on le conseillera plutôt de préférence aux personnes qui sont bien dans leurs baskets et/ou dans leur couple. Ou alors à celles et ceux qui aiment bien alimenter leur désespoir. Ce qui fait au final quand même pas mal de monde.

© Franck Potvin

Mais en vrai les peines de cœur et autres amours contrariées sonnent limite comme des broutilles quand on découvre les vrais problèmes que posent les parents, ces boulets, à leurs enfants. C’est en tout cas le sujet de « PNJ », le dernier single des Frères Casquette. Comme d’hab’ avec les Casquette, c’est très finement écrit, habilement rappé et capable de mettre enfants et parents enfin d’accord sur une playlist commune. Et c’est également le cas pour tous les autres titres de l’EP. (« Mon Père Écoute Du Boom Bap » accompagne désormais chaque sermon paternel par ici…).

Rédaction : Kalcha