Vous faisiez quoi, vous, il y a 30 ans ? Je demande à celles et ceux qui étaient né·es bien sûr. Il y a 31 ans, en tout cas, je me souviens de m’être promené les yeux écarquillés et les pieds dans l’eau dans les rues d’Angers inondées, et de ce point de vue-là, j’ai l’impression de rajeunir ces derniers jours. Mais j’ai aussi réalisé un peu par hasard que plusieurs films que j’avais vus à leur sortie au cinéma étaient tous sortis en 1996, alors que j’avais vraiment la certitude qu’ils étaient associés à des moments très différents de ma vie. Est-ce que j’ai vraiment vu « Seven », « Trainspotting » ou « Ridicule » la même année que j’ai rigolé devant le premier « Toy Story » ou « Un Air De Famille » ?? J’ai essayé avec les albums sortis cette même année, mais ça m’a demandé plus d’efforts parce qu’à l’époque on écoutait nos quelques disques pendant de longues périodes (jusqu’à ce que le walkman ou l’auto-radio bouffent la K7 ?) qui troublent fatalement les souvenirs qui y sont liés. Est-ce que nos souvenirs s’amarrent à une chanson, un film, ou plutôt au cérémonial qui l’entoure (voir le film au cinéma, entendre une chanson dans tel contexte ou sur tel support) ? Du coup, est-ce que dans 30 ans on se souviendra avoir streamé tel·le ou tel·le artiste ? Vous me rendrez votre copie dans 15 jours, on appellera ça vos devoirs de mémoire. Et pour les plus patient·es, on en reparle dans 30 ans pour voir si vous vous souvenez toujours des artistes angevin·es ci-dessous…
En 1996, les gars de Zenzile étaient déjà en train de préparer la révolution dub dans leur local de répèt’… Une bonne vingtaine de disques et des milliers de kilomètres de tournée plus tard, les Angevins sont toujours là, en ce moment accompagnés de leurs vieux potes lyonnais de High Tone pour le projet collaboratif Zentone. Le collectif vient d’ailleurs de clipper un nouveau single, le magnifique « Make You Cry », extrait de « Messenger », leur dernier album en date. Et pour mieux vous en souvenir encore à l’avenir, on vous conseille d’écouter ce morceau, tout en suspension et en basses enveloppantes, au casque en vous promenant justement dans les paysages aquatiques de la ville. Spectacle garanti !
L’expérience introspective décrite ci-dessus pourrait également parfaitement fonctionner avec ce disque de FfOnO. Ex-Angevin, exilé dans un département voisin depuis plusieurs années, FfOnO a longtemps traîné sa longue silhouette dans tous les endroits musicaux de la ville (c’est un ex-Margo pour celles et ceux qui ont du goût et de la mémoire), et il a eu le temps de se faire un paquet de copain·ines. Est-ce sur le coup de la nostalgie pour la ville de son adolescence, toujours est-il qu’il n’a convié que des remixeur·euses maison à venir revisiter son premier album solo de musique électronique downtempo sous ce nom. Vous trouverez donc un peu toute la gamme des musiques électro sur Angers, de l’electro-dub (Glass (aka le guitariste de Zenzile) à la darkwave (Black Boiler (aka le bassiste de Lowpkin), WeJu (aka le guitariste de Lowpkin)), en passant par la tech-house (Moondine, Arno Gonzalez, JP de La Cellule), le breakbeat (Bionic DJ) ou l’electronica (Da Productor).
C’est un disque d’une toute autre esthétique, mais tout aussi adapté à la marche introspective. Damily vient de sortir un nouvel album, « Fanjiry », à nouveau sur l’excellent label suisse Bongo Joe. Mais cette fois-ci, le célèbre guitariste malgache, résidant en Anjou, est entièrement seul aux manettes, enfin façon de parler puisque ces dernières étaient plus sûrement activées par le producteur Peter Deimel au studio Black Box. Forcément le tsapiky furibard qu’il déploie habituellement avec son groupe n’est pas au menu de ce disque presque folk. Mais cette musique, même acoustique et jouée en retenue, réussit au bout d’un moment à nous faire lâcher prise et à nous élever de nous-mêmes. Dans la biographie qui accompagne ce disque, le guitariste explique que le processus de création de cet album est très lié à des souvenirs de sa jeunesse. Il ne pouvait donc pas mieux tomber que dans cet article…
D’un guitariste à l’autre, il n’y a que quelques cordes. On passe donc au dernier morceau en date d’Alex Grenier, qui s’apprête à venir célébrer la sortie de son prochain album au Chabada avec son quintette. Pour ce deuxième extrait, Alex revient à un jazz-funk plus sage et plus traditionnel que le jazz-rap de son précédent single, dans un très joli dialogue avec son invité de luxe, le saxophoniste Baptiste Herbin (nommé aux dernières Victoires du Jazz).
Il y a aussi un nouveau single chez CJ Beth. Récemment, la chanteuse a fait une forte impression lors des auditions régionales des iNOUïS du Printemps de Bourges (on croise les doigts pour qu’elle soit dans la sélection nationale ! 🤞) où elle a interprété en avant-première ce nouveau titre. On sent que CJ Beth est en train de franchir un pallier depuis la sortie de son pourtant déjà très bon premier album, ses morceaux gagnent en relief et en efficacité. Et il y a toujours cette voix… Dans 30 ans, vous pourrez dire que vous l’avez découverte avant les autres !
Tendre Plume fait un sacré pas en avant également avec son nouveau single. Ou en tout cas un pas de côté. Le chanteur/guitariste nous avait plutôt habitué·es à des chansons folk et poétiques mais ce « Sanctuaire » est définitivement plus pop et entraînant, à l’image de son clip décalé. Et ce n’est visiblement pas un essai isolé puisque ce single est issu d’un mini-EP deux-titres dont l’autre moitié penche carrément vers le rock avec son refrain porté par des guitares saturées.
Bad Rescue fait presque l’inverse. Jusqu’à présent, le nouveau joujou très friand des nouvelles possibilités offertes par l’IA des frères Potvin (Lyzanxia, One-Way Mirror…) était plutôt coutumier des murs de guitares et des batteries rouleaux-compresseurs. Pourtant, point de metal à proprement parler dans ce nouveau morceau, mais une sorte de musique de western symphonique, qui aurait toute sa place dans un film hollywoodien.
On termine en douceur avec une jolie reprise par Mathilda Monique (que vous entendez aussi chez Split Cake) de « Plaisir d’amour », une chanson qui remonte au 18ème siècle et qui donnera sa mélodie au célébrissime « Can’t Help Falling in Love » d’Elvis. Autant dire que cette mélodie lancinante devrait immédiatement raviver d’anciens souvenirs amoureux chez pas mal d’entre nous… CQFD.
Rédaction : Kalcha

