

Odor : J’ai commencé à 15 ans, parce que je m’ennuyais. J’avais un grand frère qui écoutait des trucs de rap américain comme De La Soul, A Tribe Called Quest, etc. donc je baignais dans cette culture sans trop m’en rendre compte depuis longtemps. Je me souviens par exemple regarder les vidéos live de NTM quand j’étais en CM2. Et j’hallucinais !! Mais si je suis vraiment honnête, je dois bien avouer qu’une des premières artistes rap qui m’a remué -moi, mais aussi un paquet de gamins de ma génération- c’est Diam’s… J’ai aussi beaucoup écouté l’album « Les Histoires Extraordinaires D’Un Jeune De Banlieue » de Disiz La Peste, puis Orelsan. Bref, grâce à ces disques, j’ai trouvé dans le rap un bon moyen d’exprimer mes émotions. Mais au départ, je rappais surtout dans le bus scolaire pendant mes 45mn de trajet depuis ma campagne de Juvardeil… (rires)
O: Vers 2016, je faisais partie d’un collectif qui s’appelait Pen Soul Case avec des potes dont certains commencent aujourd’hui eux aussi à se faire un petit nom comme AsTec ou Cezur. On cherchait à rapper à tous les open mics qu’on trouvait, on voulait exister. Mais je me suis jamais senti obligé d’appartenir à une famille bien précise. J’ai toujours travaillé avec plein de gens différents.
O: J’ai toujours eu conscience qu’il fallait que je bosse avec les meilleurs dans leur discipline. Donc quand j’ai eu besoin d’une pochette par exemple, je suis allé demandé à celui que je considérais comme le meilleur graphiste que je connaissais : Gast Senseï du Groove Clan. Pour le master des instrus live, j’étais allé demander à Achaiss, qui travaille aujourd’hui avec Thylacine. Je veux toujours m’entourer des meilleurs pour ce que je ne sais pas faire seul. Et je peux être assez exigeant, avec les autres et avec moi-même. Mais j’ai aussi conscience d’avoir eu la chance de croiser les bonnes personnes au bon moment, comme Pepso de Rezinsky (aujourd’hui Stav) qui m’a présenté plein de gens, qui m’a invité sur un titre de Rezinsky, ou les gens du Chabada qui m’ont bien aidé à préparer le Buzz Booster dont j’ai remporté la finale régionale en 2018.
O: Par hasard, en fait ! Je me suis retrouvé en galère de DJ un jour la veille d’un concert. J’étais un peu en panique, et tout le monde me disait « Y a que Spok qui pourra te tirer de là ! » (rires) Donc j’ai fini par le contacter, et la date s’est hyper bien passée, comme si on avait toujours bossé ensemble. On n’a pas arrêté depuis.
Spok : C’est clair, c’était dingue. Moi, en plus, c’était une époque où le rap commençait un peu à me saouler. Je refusais tous les plans que me proposaient les rappeurs du coin. J’étais plus trop dedans. J’ai accepté Odor parce qu’il y avait un cachet à la clé, mais je ne me faisais pas tellement d’illusions. Et en fait, il y a eu une pure alchimie entre nous. C’était évident pour tous les deux à la fin du concert qu’on allait continuer à bosser ensemble ! Et puis en apprenant à se connaître, on a réalisé qu’on avait plein de points communs : les vieux groupes de rap via son frère, les nouveaux groupes que j’avais découverts via les gamins des maisons de quartiers, on a aussi tous les deux travaillé dans l’animation d’ailleurs… Bref, on se nourrissait mutuellement de choses, et on se comprenait. Et surtout on est tous les deux des gros bosseurs. On sait tous les deux qu’il ne se passera rien si on attend que ça nous tombe tout cuit dans le bec. Donc on est tous les jours au turbin. On n’a pas l’argent pour payer des gens pour faire tel ou tel taf, alors on apprend à le faire nous-mêmes. Du coup, maintenant, Odor commence à produire ses propres instrumentaux, il bidouille de la vidéo, etc. C’est un vrai travail collaboratif, et pas chacun de son côté.
O: En fait, ces morceaux, je les ai écrits juste après la sortie de « Jeu de fléchettes ». Ils datent donc d’il y a deux ans déjà. Je voulais les sortir aussi pour tourner une page, parce qu’aujourd’hui on est dans une nouvelle dynamique avec Spok. Tout ce dont il vient de te parler, ça s’entendra sur les prochains morceaux. Sur « Inodore », les instrumentaux sont encore signés de différents beatmakers. Mais oui, j’ai aussi voulu plein d’ambiances différentes pour ne pas me laisser enfermer dans un seul style. C’est aussi pour moi un challenge de voir si je serai capable d’être aussi crédible dans des morceaux plus introspectifs comme sur « Lumière » avec Nerlov en feat. que sur « Baby Mama » qui est volontairement plus racoleur, voire carricatural, que sur les gros bangers qui font pogotter les gens en concerts.
O : J’ai beaucoup été inspiré par la plume du rappeur Alpha Wann qui était auparavant dans le groupe 1995. C’est lui qui m’a donné envie de jouer sur les assonances, sur les mots qui se ressemblent, créer des rimes en milieu et pas forcément en fin de phrase, etc. Je trouve que ce type utilisait son flow comme un saxophoniste de jazz, en se permettant des notes qui pouvaient donner l’impression de parfois être à côté de la grille, mais qui apportaient justement un groove particulier. Ça demande beaucoup de technique pour le placement de la voix, et beaucoup de travail d’écriture, oui. C’est pour ça que j’ai toujours été un gros bosseur, parce que j’ai tout de suite compris que ça ne viendrait pas tout seul. Je voulais tout mettre de mon côté pour faire un maximum de bruit !
Ne loupez pas Odor sur scène, avec Joh Berry, le 27 Mars au 122 : https://www.facebook.com/events/1447443258756146/
Dans le cadre du Prix DVD Cézam 2020, la médiathèque de Bouchemaine organise la projection du film « Leto » de Kirill Serebrennikov le vendredi 20 Mars 2020 à 20h00. Le film s’attarde sur un épisode charnière du rock en Russie au début des années 80, et dans lequel le groupe Кино (ou Kino) a eu un impact majeur (Motorama, pour n’en citer qu’un, les évoque aujourd’hui parmi ses influences principales). La critique a souvent comparé « Leto » au « Control » d »Anton Corbijn sur Ian Curtis et Joy Division. La projection sera suivie d’un petit débat avec remise en contexte musical, social et politique.
Plus d’infos : http://b-a-ba.info/animation/leto-prix-dvd-cezam-2020/

C’est une façon de composer de la musique électronique en utilisant le coding informatique en direct. En clair, le musicien entre une ligne de code informatique dans un logiciel qui va lancer une boucle d’un son préalablement défini. La ligne de code apparaît sur un écran visible du public en même temps que le son se déclenche. Au fur et à mesure que le morceau avance, le ou les musicien.ne.s se trouvent à composer/improviser en jouant avec les algorithmes. Il existe désormais une véritable scène nationale et internationale de live coding. C’est un prolongement assez naturel des premières musiques jouées sur des synthétiseurs.
Généralement, quand on entend collaboration entre des écoles comme les nôtres, ça cache souvent de la simple sous-traitance : ceux qui ont le savoir-faire technique exécutent une commande pour ceux qui ne savent pas faire. Là, on a voulu que les étudiants travaillent véritablement ensemble. Qu’ils mutualisent leurs connaissances, qu’ils réfléchissent ensemble à ce qui leur manque, comment ils peuvent l’inventer, et pour quoi faire. Ce qui est donc intéressant pour nous, c’est que le live coding est un outil intuitif et créatif. C’est-à-dire que contrairement aux logiciels de MAO (Musique Assisté par Ordinateur) habituels, le logiciel SuperCollider sur lequel nous travaillons est un logiciel libre et évolutif. On peut donc créer nous-mêmes des programmes et des fonctions dont on a besoin et les incorporer au logiciel de départ. On peut donc ajouter une somme infinie de nouveaux sons et de nouvelles façons de les manipuler/modifier.
Non, car on a aussi voulu inventer de nouvelles interfaces, et ne pas se contenter du clavier pour lancer des sons. Par exemple on a construit une machine qui fait tourner une sorte de palme qui vient heurter des clous disposés en cercle, et chaque clou heurté va déclencher un son. La vitesse de rotation de cette roue va donc influer sur le rythme de ces sons. Les étudiants vont aussi devoir composer avec ces contraintes qui vont évoluer dans le mix. On aura aussi un vélo d’appartement, et la personne qui pédalera aura un capteur de rythme cardiaque qui déterminera le BPM (Beat Par Minute) du morceau. On veut une vraie conversation entre du langage informatique et des déclencheurs très physiques, presque artisanaux. On sera entre le concert et l’installation.
A 19h00, il y aura la conférence «Technologies, usages et créations… quel renouveau dans la musique ?» de Fabrice Jallet. A 20h30, il y aura une performance expérimentale d’une quinzaine d’étudiants de l’atelier assez proche de ce qu’on connaît dans la musique concrète, ou l’ambient, où le public pourra voir une œuvre se créer en direct sur un écran. En gros, c’est le processus qu’il ne voit jamais d’habitude puisque que le compositeur fait ça tout seul chez lui. Pour finir à 22h00, les étudiants utiliseront le même logiciel, mais dans une optique plus festive, assez electro, pour faire danser les gens. Tout ça gratuit, bien entendu !
Toutes les infos pour la soirée Echos Numériques ici: https://www.lechabada.com/events/echos-numeriques/
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En raison du Covid-19, l’atelier NaN à quelques mètres de l’arrivée au Chabada a été stoppé et comme tout le monde sommé de quitter les lieux.
Maintenant confinés et disciplinés, les étudiants se sont retrouvés sur le bon canal et ont décidé de faire chacun chez soi, ce qu’ils savaient faire ensemble, dans les ateliers de L’ESAD TALM Angers.
Alors voilà chaque semaine accompagnés de Julien Bellanger l’Artiste-Host, NaN vous propose de se retrouver sur http://zoneblanche.org/stream.html pour écouter et regarder ses Jam session LiveCoding en streaming.