Le 23 février dernier est décédée à 94 ans la compositrice française Eliane Radigue. Son nom ne vous dira peut-être pas grand chose puisqu’elle évoluait depuis les années 50 (jusqu’à ces derniers mois !!) dans des musiques dites expérimentales, comme la musique minimaliste, la musique spectrale, le drone, qui formeront les bases des futures musiques électroniques. Mais peut-être avez-vous davantage croisé -même de loin- les noms de Pierre Schaeffer ou Pierre Henry dont Eliane Radigue sera la collaboratrice, ou bien encore ceux de Steve Reich, Philip Glass ou Terry Riley qu’elle fréquenta aux États-Unis ? Ça serait d’ailleurs assez symptomatique du fait que les livres d’Histoire ont été majoritairement écrits par des hommes, pour des hommes. Pourquoi est-il si aléatoire de découvrir l’existence et le travail de Bessie Smith, de Mary Lou Williams, de Cindy Campbell, de Sonia Pottinger, de Sister Rosetta Tharpe, de The Raincoats, de Wendy Carlos, de Ma Rainey, de Sylvia Robinson, de Cosey Fanni Tutti, de Colette Magny, de Wanda Jackson, de Carol Kaye, de Bebe Barron, de Delia Derbyshire, de Doreen Shaffer, d’Yvonne Turner, de Laurie Anderson, de Judy Weinstein ou de Dorothy Ashby (parmi des dizaines d’autres), qui ont toutes eu un impact immense sur leur genre musical, que cela soit le blues, le rap, la house, le jazz, la pop, le reggae ou le rock ? Ces femmes ont toutes ouvert la voie à leur façon aux Björk, Billie Eilish, Lizzo, Rosalía, Wet Leg, Doechii ou Theodora d’aujourd’hui. Et rien que pour ça les pages de centaines de livres devraient raconter leur(s) histoire(s). Parce qu’on sait désormais qu’il n’y a rien de mieux qu’une diversité de modèles pour susciter des vocations.
Ce n’est pas Dorrr qui nous contredira, puisque la chanteuse franco-polonaise a carrément inclus une cover d’un de ses groupes-fétiches (The Kills) dans son nouvel EP qui vient de sortir. Et l’exercice est devenu suffisamment rare pour être souligné : c’est donc dire l’importance de certain·es artistes dans le parcours des suivant·es. En plus de la reprise de « Black Balloon », on retrouve avec plaisir les trois excellents singles déjà parus « What’s Going On », « I Might Be Weird » et « Lonely Sun » (qui se trouve même agrémenté d’un très bon remix signé Scenius à écouter ci-dessous), ainsi que l’inquiétant inédit « Low & Slow » qui ne dénote absolument pas dans cet EP très dark-sexy.
Il y a du neuf également pour Oda. qui a livré ces derniers jours un tout nouveau single. « L ´ H O R I Z O N » est encore une très belle ballade mélancolique, sobrement mais joliment mise en image par Arthur Gouté. Il y a cette fois un petit quelque chose de Boards Of Canada dans cette langueur folktronica qui accompagne la voix sucrée d’Anna. Le type de morceau pour lequel on est bien heureux que le mode « repeat » existe…
Il nous faut un peu de gros son pour sortir de notre torpeur. Ça tombe bien, Endeavour vient de sortir son deuxième EP. Cette fois-ci, le groupe de doom/post-grunge a confié les manettes du producteur à David Potvin dans son Dome Studio (One-Way Mirror, Bad Rescue…) donc autant vous dire que cet « Astonishment » sonne comme la forge du Diable. La batterie pilonne, les guitares dégoulinent, la basse vrombit, et les cordes vocales frôlent dangereusement la déchirure. Mais n’est-ce pas ce qu’on attend d’un bon morceau de doom ??
Un Potvin peut en cacher un autre. On vient de quitter David aux manettes du nouvel EP de Endeavour, et voici son frère et collègue Franck, derrière l’objectif de ce portrait de Cerbère. Le rappeur vient d’extraire un nouveau single de son récent EP : ce « Peine Perdue » fait le choix audacieux d’un rap sans beat. Et pourtant, il nous a fallu plusieurs écoutes avant de nous en rendre compte, tant on entend un boom bap fantôme tout au long du morceau. « Je continue de faire du rap pour ceux qui n’en écoutent plus. » Et pour celles et ceux qui en écoutent encore aussi. On ne serait d’ailleurs pas étonné de voir débouler Cerbère avec un micro pour rejoindre ses potes de Nouvel R pour la soirée anniversaire de l’asso L’R de Rien…
La sortie du nouvel album d’Alex Grenier se rapproche à grands pas (et sa release-party au Chabada également). Le guitariste a donc décidé de lâcher un nouveau titre en mode live-session. Et connaissant le bonhomme et son crew, ça a dû s’enregistrer d’une traite, sans chichi. Comme si c’était à la portée de tout le monde. Ce « Bleu Klein » est en tout cas une petite bombe jazz-funk qui promet un concert ébouriffant. Enfin, pour celles et ceux qui ont encore la chance de pouvoir être ébouriffé·es. Mais c’est une autre histoire…
Rédaction : Kalcha

