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Pour la troisième année consécutive, le très pointu festival parisien Sonic Protest (2 Avril – 15 Avril) se délocalise à Angers. Cette année, le temps d’une soirée (le jeudi 7 Avril) au Bar du Quai, les musiques improvisées, bruitistes et expérimentales -en un mot « différentes »- seront donc à l’honneur.
Comme chaque année, c’est l’association F.O.R.M.E.S qui a la lourde tâche de coordonner le volet local en greffant des propositions annexes au(x) transfuge(s) officiel(s) de l’affiche parisienne.
« Le terme de musiques expérimentales est peut-être parfois mal choisi, nuance Florian Tositti de F.O.R.M.E.S, parce qu’il peut faire peur et qu’il est en plus très relatif : il y aura toujours des gens qui viendront me voir en disant « Mais, ça n’a rien d’expérimental, ce truc-là. Untel ou untel ont déjà défriché ça. » Pour moi, un expérimentateur, c’est avant tout quelqu’un qui cherche à aller plus loin que la première définition à laquelle on pense quand on est face à un son, un objet. Mais ça n’a pas forcément un caractère élitiste ou compliqué. C’est très souvent une amorce de quelque chose qu’on va retrouver ensuite dans les musiques plus populaires. Au début des 60s, John Cage venait par exemple faire des performances à la TV américaine où il détournait des objets pour en tirer de la musique. C’était complètement hallucinant, provocateur. Mais ça annonçait aussi les musiques psychédéliques qui allaient arriver quelques années plus tard. Des gens comme les Beatles ont bien su synthétiser toutes ces recherches, menées au préalable par des artistes expérimentaux, pour ensuite les fondre dans un format pop. (NdR: Les producteurs de dub en Jamaïque étaient d’ailleurs plus ou moins dans la même démarche.) Les expérimentateurs essaient des choses, ils ne travaillent pas que sur la musique en elle-même, mais parfois aussi sur les choses qui nous servent à l’écouter, qui servent à la jouer, à l’amplifier, etc. Parfois ils trouvent des choses intéressantes, parfois non. Mais ils sont dans l’action. C’est ça que je trouve réellement intéressant. »
Cette année, la « tête d’affiche » risque de vous faire saigner du tympan. Réunies spécialement pour et par le festival, la tromboniste danoise Maria Bertel et la guitariste parisienne Nina Garcia aka Mariachi se lanceront donc corps et âmes dans une improvisation surprenante, bruitiste et brutale, qui devrait séduire tous les fans de Sonic Youth, Colin Stetson, Matana Roberts ou Sonny Sharrock. Attendez-vous à être méchamment secoués!
Pour démarrer la soirée, le collectif angevin Des Hordes (créé en 2013 à l’école des Beaux-Arts) cultive le mystère. Personne ne sait trop ce qu’ils feront, ni combien ils seront. On peut tout de même supposer qu’ils détourneront des objets pas nécessairement musicaux à la base pour sculpter des oeuvres sonores sauvages mais toujours poétiques. On vous aurait bien dit d’aller étudier leur bio pour vous faire une idée plus précise mais on y lit que Des Hordes est une « troupe nombreuse, indisciplinée et plus ou moins violente de personnes quelconques ». C’est tout de suite beaucoup plus explicite. 🙂
https://www.youtube.com/watch?v=U_7EIyMo5yc
Heureusement, Karen Jebane aka Golem Mécanique vous a réservé un petit îlot de calme et de contemplation parmi toute cette fureur. Son travail sur les samples et les boucles de voix triturées nous rappellent les plages faussement calmes de Hint (et donc fatalement un peu Fragile) ou les grands noms de l’illbient des 90s. L’occasion de lâcher prise et de se pelotonner les uns contre les autres pour se rassurer un peu.
Entres les performances, seront diffusés quelques courts-métrages dada-punks du réalisateur Yves-Marie Mahé, et le duo nantais TAAK_TAK (Jet FM) s’occupera des platines en fin de soirée pour un mix forcément à haute teneur hallucinogène.
JEUDI 7 AVRIL 21:30 / BAR DU QUAI / 4 EUROS !
Et si vous voulez un petit avant-goût de l’ambiance du Sonic Protest, une soirée s’organise à l’Espace Daviers la veille du lancement officiel du festival à Paris (le 1er Avril donc, et ce n’est bien entendu pas une blague). Venez vous faire surprendre! 🙂
Plus d’infos sur le festival Sonic Protest: www.sonicprotest.com
Chronique de l’album « Ligerian Blues » (Super Records / Buda Musique)
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Débutée en duo (Richard de Lo’Jo et Vince de Zenzile), l’odyssée de Deltas les aura conduits sur les bords du Niger où le groupe s’est alors transformé en trio (avec Andra Kouyaté). Depuis plus rien ne se passe vraiment comme prévu. Mais c’est aussi ce qui fait le sel d’une telle aventure. Alors qu’ils s ’apprêtent à sortir un deuxième album en licence sur le très bon label Buda Musique (cf. la cultissime collection de compilations ‘‘Les Éthiopiques’’), Richard Bourreau (kora, violon) remonte le courant et nous explique comment ils en sont arrivés là.
En relisant l’interview que nous avions faite il y a trois ans pour le premier album de Deltas, Vincent nous disait que le groupe sonnerait sans doute davantage «musique de film» à l’avenir, et moins «africain». Or, ce nouveau disque sonne plus «africain» que jamais! (rires) Que s’est-il passé?
Sur le disque précédent, Andra Kouyaté n’était encore qu’un invité. Deltas, c’était Vince et moi. On avait rencontré Andra à Bamako et on avait travaillé ensemble pendant des ateliers. Comme il était déjà très occupé à tourner avec Tiken Jah Fakoly, on ne s’est ensuite revus que ponctuellement sur certaines résidences. Mais Andra est venu s’installer en France depuis et il a émis le souhait de s’investir davantage dans Deltas parce qu’il aime beaucoup notre façon d’aborder cette musique, assez éloignée de la façon plus traditionnelle qu’ont les Africains de la jouer. C’est un musicien qui a une forte personnalité, il apporte beaucoup d’idées. Et du coup, sans doute inconsciemment, ça a redonné une certaine africanité à notre musique.
Il y a également le fait qu’il chante, alors que le précédent disque n’était qu’instrumental.
Oui, on l’a beaucoup poussé à franchir le pas. Andra n’avait jamais chanté auparavant, mais on voyait bien que ça le titillait et qu’il avait une belle voix. Il nous alors expliqué ce qu’il chantait en bambara, la langue nationale du Mali. Et on s’est dit que ça serait bien qu’il y ait aussi des passages en français. Vince et moi, on s’est donc pris au jeu de l’aider sur ses textes en français. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait dans nos groupes respectifs. C’est assez excitant d’essayer quelque chose d’inédit pour nous.
Fatalement, ça rend aussi le disque moins «contemplatif» que le précédent.
Oui, mais c’était quelque chose qu’on voulait avec Vince. On avait envie de quelque chose de plus organique, de plus énergique. Tous les morceaux ont été enregistrés en conditions live. Ça nécessite de bien s’écouter pour pouvoir réagir au jeu de l’autre. C’est de ce point de vue-là qu’on s’approche vraiment des racines du blues, je pense. Je n’imagine pas un bon disque de blues enregistré en pistes séparées, sans alchimie directe entre les musiciens.
Il y a toujours plein de morceaux où il est difficile de pointer des influences géographiques. Vous piochez un peu partout.
Oui, je pense que c’était l’idée de départ avec Vince, et qu’on doit faire attention à ce que ça le reste. Gilles Fruchaux, le boss du label Buda Musique, nous a d’ailleurs signés sur la foi d’un titre instrumental, «Estuario». Il a justement été séduit par le fait que notre musique synthétise et/ou dépasse plusieurs «folklores». Il nous pousse à creuser cette piste.
Comment s’est faite la rencontre avec ce label? C’est une super opportunité.
C’est sûr que pour notre musique, on ne pouvait pas beaucoup rêver mieux. Pour être précis, le disque est produit par le label SUPER Records, géré par notre manageuse. Et il est repris en licence par Buda. Ça nous donne une crédibilité énorme vis-à-vis du milieu professionnel. Ça va aussi nous donner plus de responsabilités car il va falloir défendre ce disque sur scène un peu plus que ce qu’on aurait peut-être été amenés à le faire en autoproduction. Mais tant mieux, on ne va pas s’en plaindre! C’est surtout pour Vali, notre manageuse/tourneuse de Marseille, que ça va être difficile de gérer notre planning entre les impératifs respectifs de Tiken Jah Fakoly, Zenzile et Lo’Jo! Mais ça ne lui fait pas peur! (rires) La connexion avec Buda s’est justement faite via Vali, qui avait un ami commun avec Gilles qui a servi d’intermédiaire. Gilles a écouté et a aimé. Ça s’est donc fait très naturellement.
Pour l’instant, vous avez surtout été programmés sur des plateaux ou festivals «musiques du monde». On peut pourtant imaginer que votre musique trouverait une audience parmi les fans d’un certains blues.
C’est sûr que le blues est une des musiques qui lient les gens assez naturellement, parce que c’est souvent la base de plein d’autres musiques. Par exemple, quand des musiciens qui ne se connaissent pas improvisent ensemble pour la première fois, on se rejoint vite sur des canevas blues. Le blues, ce n’est pas forcément un genre musical très codifié comme peuvent aujourd’hui le jouer Clapton ou Poppa Chubby. Dès que la mélancolie prend le dessus, on tend rapidement vers le blues. Quel que soit le genre musical.
Quelle serait ta définition du «Ligerian Blues» qui donne son titre à l’album?
En fait, la Loire et le Niger sont deux fleuves qui se ressemblent beaucoup. A bien des égards, on peut facilement les confondre sur des photos. Moi, je crois beaucoup au fait que les lieux dans lesquels on vit influent sur nos personnalités, sur qui on est. C’est donc pour ça que j’ai toujours trouvé facile de m’accorder avec des gens qui vivent au bord du Niger. Et le blues, c’est la rencontre, c’est l’échange. Ce n’est pas un hasard si les grandes villes du blues sont souvent près de grands cours d’eau avec des ports comme pour le Mississippi. C’est un point de départ et d’arrivée, et donc d’échanges. C’est ce qu’on essaie de faire avec Deltas. Je suis d’ailleurs assez persuadé que si on se téléportait en Louisiane, on trouverait facilement comment s’accorder avec des joueurs de blues locaux.
Vous aimeriez collaborez avec des musiciens en particulier?
Je ne suis malheureusement pas sûr que le groupe existe toujours mais j’aurais adoré travailler avec Carolina Chocolate Drops, un groupe américain qui jouait un blues cajun au banjo et violon super intéressant. Je pense qu’on trouverait un vrai terrain d’entente à explorer. Sinon, il y a peu on a joué des titres avec Piers Faccini et c’était vraiment magique. C’est l’avantage de jouer en trio, ça laisse plein de place pour un invité. C’est quelque chose qu’on va forcément essayer de développer.
NB: Deltas jouera à la guinguette Le Héron Carré (Parc Balzac) à Angers le jeudi 16 Juin 2016.
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