Extrait de la pochette de l'album "Täkomā" de Gondhawa

FOREVER YOUNG

04.02.2026

« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». OK, j’avoue, quand je me suis levé ce matin, je n’aurais jamais imaginé citer Corneille (« Le Cid », acte II, scène 2) avant la fin de la journée. Mais j’ai réalisé, en préparant cet article, que j’avais étonnamment plusieurs générations de musicien·nes d’Angers à évoquer cette fois-ci : certain·es qui se se sont lancé·es dans l’aventure depuis seulement quelques mois, et d’autres qui -à l’image (de la légende) de Molière- rendront sans doute un jour leur dernier souffle sur scène, effondré·es à côté de leur ampli fumant… Et tous et toutes y mettent le même cœur, les mêmes tripes, comme si tout se jouait là, maintenant, tout de suite. Parce que la musique efface le temps, elle rend éternellement jeune. Qu’on en joue ou qu’on en écoute. Alors, scrollez, cliquez, ne prenez pas le risque d’avoir un jour à vous exclamer, des larmes dans la voix, « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? »

On commence par la benjamine de l’article. Deva Harl vient d’intégrer l’Équipe Espoir du Chabada et sort en toute logique son tout premier morceau pour fêter ça. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est prometteur : « No More Kids And Photos » est en effet une jolie ballade pop qui vous accompagne pour la journée après deux écoutes et qui devrait tout de suite trouver une place dans les playlists des fans des grandes sœurs (et frère) CJ Beth et Oda. Et si on considère que le premier talent d’un·e artiste est de bien savoir s’entourer, on peut considérer que la jeune chanteuse en est fort bien pourvue, puisqu’elle travaille déjà dans l’ombre avec Chahu Et Romãn (ex-Joanne O Joan).

Ces deux-là viennent d’ailleurs de sortir une collaboration en revisitant en version piano-voix le vieux « Gros Blouson » de Chahu. Le duo d’un soir a fait un joli travail de réorchestration, mais je dois confesser que j’ai tellement écouté en boucle l’original quand je l’ai découvert il y a presque quatre ans que je n’ai pas pu résister à l’envie de vous faire un pack « deux blousons pour le prix d’un ». Vous passerez en cabine d’essayage, choisirez votre préféré et me direz.

© Olivier Lacombe

Il y a presque quatre ans également, on découvrait le premier morceau de Hyper Jacuzzi. Depuis, le trio live-techno a sorti plusieurs titres qui devraient former un solide premier album. On avait par exemple particulièrement sué sur la bombe à neutrons « Michael Sous E*sta », parue il y a presque un an. Mais ça c’était avant. Parce que groupe vient de ressortir le morceau, avec en sus le rap désabusé de T.Reiz (prononcez Thérèse), le nouveau blase d’Odor. Pourvu, mais pourvu, que cette collaboration se concrétise un jour sur scène !!

Ça doit bien faire cinq ans désormais qu’on suit Gondhawa. Leur premier album, parfait mélange d’un heavy rock psyché et d’influences apatrides chanté dans une langue inventée, sorti qui plus est sur un label anglais, avait fait alors une forte impression. Spoiler alert : La suite ne déçoit absolument pas. Ce deuxième long-format, intitulé « Täkomā », va en effet encore plus loin, plus heavy, plus rock, plus roots, plus cosmique. Dix morceaux, dix baffes. Comment on dit « Bravo les gars ! » en gondhawii ? À ne surtout pas louper sur la scène du Chabada le 12 mars prochain pour la release-party.

Lui, ça commence à faire un bail qu’il nous fait danser et/ou pleurer. D’abord avec VedeTT (entre 2012 et 2018 en gros), puis en solo sous le nom de Nerlov (depuis 2019). Le moustachu le plus cool d’Angers sort bientôt un deuxième album, annoncé par un premier single bouleversant. « Mon Plus Grand Regret » aborde en effet un sujet rarement évoqué, d’autant moins avec une telle justesse et une telle sincérité : Nerlov nous fait entrer dans ses débats intérieurs entre doutes et envies de devenir père, dans un monde en déliquescence, et déjà surpeuplé. Comme d’hab’, le bonhomme invite sa famille dans le clip, qui découvre les paroles en direct pendant le tournage. Émotions garanties. Et comme d’hab’ aussi, le morceau est à pleurer et à danser. En tout cas, perso, j’ai peut-être déjà trouvé un de mes morceaux de 2026 !

Ça va bientôt faire 20 ans que Tomawok s’est jeté dans le grand bain solo, après l’aventure Zetlaskars et la Trompida. Autant vous dire qu’il ne compte plus les kilomètres de riddims sur lesquels il a fait galoper son flow fast-style. Manifestement, il ne compte plus non plus les vrais kilomètres que lui aura fait parcourir sa musique, puisqu’en plus de ses voyages réguliers en Jamaïque pour travailler avec des légendes du reggae, le toaster le plus rapide de l’Ouest a tourné son dernier clip à New York en duo avec Mr Lexxx, l’un des boss du dancehall depuis le début des 90s. Si vous ne sentez pas votre bassin se mettre à onduler tout seul à l’écoute de ce « Bad Man », consultez rapidement un·e orthopédiste…

© Titouan Bouiller

Peut-être que le petit Tomawok a trouvé sa vocation quand il jumpait dans la foule aux concerts de La Ruda Salska ? Si c’est le cas, il peut se rassurer, le virus n’est pas près de le lâcher. Manu et Pierrot, respectivement batteur et chanteur (et membres fondateurs) de La Ruda depuis 1993, ont même lancé une autre formation en parallèle pour explorer des envies plus pop. Bon, les fans de La Ruda ne seront pas non plus trop perdu·es en écoutant Villa Fantôme, puisque le groupe puise toujours son énergie dans la scène pop/rock/ska de la toute fin 70s/début 80s. Villa Fantôme en fait d’ailleurs la démonstration en publiant une live-session (pour celles et ceux qui n’ont pas leur billet pour le Chabada ce week-end ?) de « French Boy », single (chanté en anglais !) issu de leur deuxième album dispo dans toutes les bonnes crémeries. Quand je vous disais que la musique rendait éternellement jeune !

Ce n’est pas les membres de The Flicker qui me contrediront. Difficile à l’écoute de leur deuxième album qui vient de sortir de soupçonner que certains de ces gars-là sont dans le game depuis la fin des années 80 (dans le Casbah Club, Noodles, Stepping Stones…). Il y a manifestement autant d’urgence, de sueur et de fougue dans ces dix titres (+une intro) que dans leurs premières répètes au sortir de l’adolescence. Si vous aimez votre punk rock quand il est joué à fond de cales et plein de mélodies, ce disque est fait pour vous. Mais prévenez peut-être le voisinage, tout le monde n’a pas votre âge… Au pire, on se retrouve tous·tes entre jeunes au Joker’s Pub le 20 février prochain ?