« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Cela fait déjà presque 25 ans que Jacques Chirac a prononcé cette phrase -malheureusement jamais démentie depuis- au sujet du dérèglement climatique, au IVe Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002. Il se passe aujourd’hui quelque chose de probablement tout aussi menaçant dans le domaine de la création, et tout le monde semble également regarder AI-lleurs. Nous vous expliquions ainsi en septembre dernier que la plateforme Deezer avait eu le courage d’alerter sur le fait que chaque jour 30 000 nouvelles chansons proposées sur son service de streaming étaient alors des « œuvres » générées par l’Intelligence Artificielle, soit 28% de ses mises en ligne quotidiennes. Sept mois plus tard, la même plateforme réactualise ses chiffres : c’est aujourd’hui près de 75 000 titres qui sont générés par l’IA chaque jour, soit environ 44 % des nouveautés du site qui doit donc dépenser beaucoup de temps et d’argent pour traquer et supprimer tous ces contenus. À ce rythme, l’espace pour des nouvelles œuvres proposées par des humain·es va vite se réduire comme peau de chagrin. Est-on vraiment sûr·e de savoir où nous mène cette course folle ? A-t-on vraiment envie de vivre dans cette maison en flammes ?
Ce n’est certainement pas Mizuko qui nous contredira, dont le tout premier single s’appelle justement « Incendie ». Nouveau groupe en ville donc, mais pas nécessairement nouvelles têtes. Si vous suivez nos colonnes, vous aurez peut-être ainsi reconnu des personnes de qualitey déjà croisées dans plusieurs formations angevines (dans Big Wool, Extraa, CJ Beth, The Sheraf Brothers, de gauche à droite sur la photo…). Pour ce premier rendez-vous en tête-à-tête, Mizuko nous balance une bonne pop song bricolée et entraînante, quelque part entre du Pavement, Why? et Philippe Katerine. Ça donne bien envie de découvrir la suite en tout cas…
En espérant que Gabi (à la batterie de Mizuko) ait toujours du temps pour ce nouveau projet, car, vu tout ce qu’il se passe en ce moment pour CJ Beth, son agenda risque de vite se remplir. Vous avez sans doute entendu parler du passage de la chanteuse angevine à la voix éraillée dans « The Voice », mais CJ Beth a également fait récemment la première partie d’Imany à l’Olympia de Paris, et était sur la scène du Printemps de Bourges parmi les finalistes nationaux des iNOUÏS. Autant vous dire que celles et ceux qui ont leur billet pour son prochain concert (sold-out, désolé) au Qu4tre ont eu le nez fin. Pour les autres, vous pourrez au moins vous consoler avec cette très belle live-session, enregistrée avec deux guests (Baptistine Bariller, l’alto de Big Wool, et Titouan Bouiller au piano), d’un des singles de son premier album.
S’il y a un mot impossible à utiliser pour décrire la musique de Nerlov, c’est bien « artificielle ». Le chanteur écrit toujours avec ses tripes, sans filtres, sans se cacher derrière de jolies formules, toujours en quête de l’émotion brute. C’est encore le cas pour son troisième single, tiré de son deuxième album à venir. « Merci » rend ainsi hommage à ses parents d’une manière aussi simple que désarmante. Cette nouvelle chanson revient d’ailleurs de loin, puisque c’était à la base une compo élaborée pour VedeTT, le groupe précédent de Nerlov, qui était finalement restée inédite. Nous la découvrons aujourd’hui, a priori pas mal reliftée, mais toujours aussi belle au naturel. Merci, en effet.
On vous les avait présentés il y a quelques semaines, revoici le trio Nursz avec son premier EP sous le bras. Ce que laissait pressentir le premier single se confirme ici d’une jolie manière : quatre titres aux mélodies accrocheuses et aux guitares énervées qui sauront séduire autant les fans de Franz Ferdinand que ceux d’Oasis. C’est donc forcément bien troussé, bien écrit, bien exécuté. Des classiques instantanés, qu’on appelle ça dans le milieu.
Ses deux derniers excellents singles accueillaient des voix de chanteuses invitées (Bloom et Dorrr pour ne pas les citer), mais Black Boiler a visiblement décidé de se recentrer un peu sur lui-même pour ce nouveau « My Dog Is Empty ». Rassurez-vous, le niveau général n’en pâtit aucunement : on a encore droit à une jolie pichenette dark-electro-dub, idéale pour danser comme des damné·es au fin fond de la nuit sous une transe stroboscopique.
Troquez les stroboscopes contre les lampions d’une guinguette, le fin fond de la nuit contre un coucher de soleil sur la Loire, et vous pouvez rester vous trémousser sur le nouveau single de The Loire Valley Calypsos. « La Vie » lorgne du côté du swing manouche, du maloya, de la rumba, de toutes ces musiques qui font danser les gens malgré les coups durs de l’existence, malgré le monde qui s’emballe. C’est donc peu dire qu’on en a bien besoin en ce moment.
Si vous voulez rester dans l’ambiance guinguette, loupiotes et chansons qui voyagent, jetez donc une oreille ou deux sur le nouvel album des Frangins, sorti justement sur MaAuLa Records, l’excellent label mené par les gens de The Loire Valley Calypsos. Vous y retrouverez tout ce qui a fait l’immense succès d’artistes comme Manu Chao, Zoufris Maracas ou Les Négresses Vertes, à savoir une sorte de punk acoustique et métissé, bricolé et polyglotte. Ce qui n’est finalement pas très étonnant quand on sait que Les Frangins sont issus de la galaxie macairoise des Ramsès et autres Santa Macairo Orkestar qui ont sillonné toutes les routes de France et plus encore, il y a quelques décennies. Tant qu’à laisser brûler quelque chose, autant que ce soit la piste de danse… Allez !
Rédaction : Kalcha



