Ces derniers jours, mes réseaux sociaux étaient en ébullition (certes, sans doute largement biaisés par ma bulle algorithmique) suite à la sortie de deux événements discographiques : 1) la parution de quatre inédits de 1976 pour célébrer le cinquantième anniversaire du cultissime album « Songs In The Key Of Life » de Stevie Wonder; et 2) la sortie récente du coffret « Eternal » qui exhume sur 14 CDs (!!) une vingtaine de concerts de Joy Division enregistrés entre 1979 et 1980. La première conclusion qu’on doit pouvoir facilement en tirer, c’est que je suis vieux. Mais est-ce seulement aussi simple ? Pourquoi des musiques d’une époque que même ma génération n’a pas vraiment connue (il faut avoir entre 65 et 70 ans minimum pour légitimement affirmer avoir vécu la fin des 70s) continuent de subjuguer ainsi le public ? Pourquoi, à l’heure où des milliers de nouvelles chansons sortent chaque jour sur les plateformes, continue-t-on d’explorer celles d’hier encore ? Est-ce pour éviter de perdre du temps en préférant miser prudemment sur des artistes déjà validés par les historien·nes de la musique ? Est-ce pour se réfugier dans le passé et fuir une époque qu’on ne comprend plus ? Est-ce pour s’assurer que ce qu’on écoute est bien l’œuvre d’autres êtres humains ? Comme d’habitude, je pose des questions sans en connaître les réponses. Tout ce que je sais, c’est que je vous conseille de ne pas attendre cinquante ans avant d’écouter les merveilles locales que je vous ai dénichées aujourd’hui encore.
Comme par exemple le magnifique deuxième album de Nerlov qui est sorti en début de semaine, porté par deux nouveaux singles (d)étonnants dont vous pourrez voir les clips ci-dessous. Contrairement à ce que laisse penser son titre, ce « Naïf » nous paraît justement hautement conscient du monde qui nous entoure. Même si Nerlov préfère mettre ses doutes et ses peurs sur la table plutôt que de jouer au donneur de leçons. On vous a déjà dit tout le bien qu’on pensait des « Oui Mais Non », « Merci », « Si Tu Meurs » ou « Mon Plus Grand Regret », déjà parus, et les réentendre ici suffit à leur donner illico presto le statut de classiques des dancefloors de fin de soirée. Combien de fois me suis-je surpris depuis à chanter intérieurement « Si je change d’aviiiiiiiis, et bah je l’feraiiiiiiiiiii…. » ? Autant vous dire que si vous aussi vous avez du mal à trouver votre place dans cette époque trouble, les textes de ces pop-songs aux relents darkwave risquent fort de vous chambouler durablement. Mais n’est-ce pas ce qu’on cherche dans la musique ou les arts en général ? Si vous lisez cet article à temps (et qu’il reste encore des places), sachez que Nerlov célèbre la sortie de son album avec deux concerts au Joker’s Pub ce jeudi 1er et vendredi 2 Octobre.
En première partie du concert de Nerlov du vendredi soir, vous pourrez retrouver Romãn, avec qui Nerlov collabore à divers degrés (co-composition, concerts piano-voix…). Pas de voix sur ce nouveau single, mais du très joli piano feutré qui séduira sans nul doute les fans de Patrick Watson ou Antony And The Johnsons. Un morceau à écouter en attendant que le jour se lève.
On retrouve d’ailleurs Romãn aux arrangements du nouveau single d’oda. Il faudra attendre encore un peu pour découvrir entièrement le premier album du duo (annoncé le 6 nov) ou participer à sa release-party qui se tiendra le 13 novembre prochain, à nouveau au Joker’s, mais ce très planant « The Cloud », et son envolée toute boardsofcanadesque, laisse encore espérer un très beau disque toujours entre pop rêveuse et folk électronique. Personne ne s’en plaindra.
Il avait été une des très bonnes découvertes de nos soirées « À Vous Les Studios » il y a deux ans, revoici McCaffrey et sa folk de haute facture (fans de Leonard Cohen ou Bob Dylan, c’est fait pour vous !) avec un nouveau single intitulé « Dark Palestine », en soutien au peuple palestinien. Un sujet douloureux, mais une ambiance paradoxalement plus enlevée (plus rock en tout cas) que ce qu’on trouvait sur son précédent EP. Peut-être pour ne pas ajouter du pathos à une situation déjà dramatique ? Ou bien pour y injecter un peu d’espoir ? Un nouvel EP serait également en préparation. C’est bien maigre, j’en conviens, mais en ce moment je prends toutes les bonnes nouvelles qui me redonnent le sourire.
Ils nous avait fait aussi forte impression avec leur premier single avant l’été, et ils enfoncent allègrement le clou avec ce deuxième essai. Los Ojos Nopales, duo parallèle issu des Loire Valley Calypsos, creusent en effet la vibe tex-mex hallucinogène et tarantinesque. Ce magnifique « Child’s Mood » nous transporte instantanément dans un paysage désertique ponctué de cactus, à marcher péniblement vers le soleil couchant, sans savoir ce qui nous attend au bout de la route : un sourire accueillant, des moustachus patibulaires, ou encore plus de désert. Vous l’aurez compris, Los Ojos Nopales font de la musique qui donne envie de faire des films.
Ces ambiances de cow-boys et de désert, ça doit aussi parler aux gens de LittleBig6ster. Le gang de blues bien sauvage sort « Step Aside », un deuxième single pour faire patienter jusqu’à la sortie de son prochain album, qu’on fêtera en grandes pompes au Chabada le 16 octobre prochain. Une fois encore, le groupe réussit à conjuguer des influences très 70s (Janis Joplin, Led Zeppelin, ZZ Top…) à un son très moderne façon The Black Keys & Co. Une réussite qui doit probablement pas mal au Studioscope, où a été enregistré et mixé l’album, qui ouvre justement bientôt ses portes aux curieux·ses et musicien·nes de tous bords.
Rédaction : Kalcha
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