STREET CREDIBILITY

14.10.2026

Il semblerait qu’une place parisienne du XIème arrondissement soit bientôt rebaptisée officiellement au nom du regretté DJ Mehdi. Bon, pas sûr que cette initiative soit totalement dénuée de populisme au vu de l’étonnant succès de la récente série documentaire d’Arte sur le beatmaker francilien. Mais on ne va tout de même pas se plaindre qu’un représentant des musiques actuelles soit ainsi reconnu par les pouvoirs publics et promu dans notre patrimoine du quotidien. Et puis niveau « street credibility » si importante dans le rap, vous avouerez qu’on ne peut guère faire mieux. D’ailleurs, si jamais une mairie ici ou là cherchait d’autres idées, j’en ai quelques-unes à proposer : on pourrait tous·tes se retrouver pour les manifs Place Joe Strummer, faire la fête dans les ruelles Catherine Ringer et Fred Chichin, flâner sur le Boulevard Lee « Scratch » Perry, aller voir des concerts sur l’esplanade Nina Simone, user nos skates dans le parc Adam « MCA » Yauch, aller boire des coups dans la rue Lemmy Kilmister ou juste faire des emplettes sur l’avenue Dolly Parton… Bon, je n’ai proposé aucun·e angevin·e parce que je ne souhaite bien évidemment la mort de personne. Mais si vous avez besoin d’un GPS pour vous y retrouver dans le dédale des sorties locales, suivez le guide !

L’actualité de la scène angevine est d’ailleurs si dense que je n’avais pas encore trouvé le temps de vous parler de Bosko. Mais comme le groupe sera ce samedi à l’affiche des 10 ans du label MauAuLa Records au Chabada, ça semble le parfait moment pour une séance de rattrapage. La quatuor a sorti son premier album le mois dernier et laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas prêt·es. Déjà pas sûr que tout le monde connaisse le genre musical dans lequel Bosko évolue. On appelle ça le zydeco. Enfin, on l’écrit comme ça, mais a priori ça se prononcerait zarico. Le zydeco, c’est une sorte de rock’n’roll cajun où l’accordéon tient le premier rôle, comme si la musette venait foutre le bordel au milieu du blues. Dans ce premier album, Bosko y interprète les plus grands standards du genre, avec une énergie bien punk comme il faut, qui pourrait vite rappeler The Pogues dans le folklore irlandais. Bref, vous l’aurez compris, c’est la musique idéale pour remuer du croupion, chanter en chœur, verser une larmichette en loucedé et finir bras dessus-bras dessous avec des inconnu·es croisé·es sur la piste. Y a-t-il une seule personne qui osera me dire que ce n’est pas ce dont nous avons tous·tes besoin en ce moment ?

Le mois dernier est aussi sorti le premier single du prochain album du contrebassiste Kham Meslien, attendu le 13 novembre prochain toujours sur l’excellent label Heavenly Sweetness. Ce « Vaisseaux Fantômes » roule sensuellement des hanches entre jazz lynchien et traditions antillaises, accueillant au passage le célèbre percussionniste guadeloupéen Roger Raspail et le non moins formidable vibraphoniste David Neerman (tous deux collègues de label). Le premier album de Kham avait fait forte impression à sa sortie dans le monde du jazz français, ce premier extrait laisse imaginer une suite encore plus belle. Vivement !

Pouvait-on rêver meilleure transition ? Pour enchaîner derrière le titre de Kham Meslien, pas mieux que ce premier morceau officiel (illustré par un très beau clip) du nouveau projet de Marc Cormier aka Markus (dont vous avez déjà entendu le oud dans Alright Mela, Markus et Shahzad…), ici accompagné par le bassiste Jérôme Leclair. Ce « Pharmakon » nous enveloppe de ses vibrations de cordes jusqu’à nous transporter ailleurs, ou peut-être tout simplement au plus profondément de nous-mêmes, dans un état de contemplation assez jubilatoire. On pense aux premiers albums solo du génial Henri Texier ou à la poésie d’Areski Belkacem (le regretté compagnon et collaborateur de Brigitte Fontaine), et c’est un grand compliment.

© Josic Jegu

On change un peu d’atmosphère, même si le duo deVénus cherche également à vous transporter dans un cosmos parallèle à bord de son vaisseau electro-pop. Un EP devrait pointer son nez en février prochain. En attendant vous pourrez déjà fredonner le refrain efficace de ce « Momo sous l’albizia » (et peut-être -comme moi- en profiter pour améliorer vos connaissances en horticulture si jamais vous vous demandiez ce qu’est un albizia).

Bientôt un EP également pour le nouveau projet de Michelle sans Ses Garçons. Sous le nouveau nom de Michelle Mustang, la chanteuse lâche la bride à une queer-pop électronique portée par « Dans Mon Placard », un premier single éloquent. Si le fond est éminemment actuel, la forme devrait tout de même rappeler des bons souvenirs à tous·tes celles et ceux qui ont grandi dans les 80s tant la voix de Michelle évoque les meilleurs moments d’une pop française taillée pour les dancefloors (Jeanne Mas, Julie Pietri et consœurs). On lui souhaite le même succès !

© Rémi Sourice

On n’avait pas non plus encore trouvé le temps de vous parler des deux morceaux live postés par Fragile juste avant l’été, captés lors de leur realease-party au Chabada en novembre 2025. Mais puisque le groupe est en tournée européenne en cette fin d’année, c’est sans doute le bon moment pour se repayer une petite tranche de leur post-emo-core qui dépoussière toujours les oreilles.

Rédaction : Kalcha

Artistes du 49, envoyez-nous vos actus à scenelocale@lechabada.com